1/ Un contexte alarmant
Hausse des violences dans le Nord-Kivu
Les femmes et les enfants vivant dans le Nord-Kivu sont particulièrement touchés par les violences sexuelles. Selon l'ONU, sur les 16 000 nouveaux cas recensés en 2008 sur l'ensemble du pays, 7 703 cas ont été enregistrés dans l'Est de la RDC et 4820 dans la seule province du Nord-Kivu.
Plus généralement, cette région connaît une hausse des violences depuis l'an dernier. Deux causes principales apparaissent : les combattants du FDLR (Forces démocratiques de la libération du Rwanda), dont certains ont participé au génocide rwandais contre la minorité tutsi en 1994, agissent en représailles face à l'offensive conjointe des forces armées congolaises et rwandaises soutenue par la Monuc (Mission de l'Onu au Congo). De plus, la démobilisation d'anciens soldats s'est accentuée, et selon un rapport de Human Rights Watch publié en juillet, ceux-ci sont retournés à la vie civile avec un minimum de mesures de réinsertion et sont les auteurs de nombreux viols.
De plus en plus de viols commis par des civils
Mais toutes les associations congolaises sont unanimes : les violences sexuelles, qui ont explosé depuis le au début des années 2000 dans le Nord-Kivu, et plus généralement dans l'est de la RDC, ne sont plus le seul fait de forces armées, gouvernementales ou rebelles. Les auteurs des viols se trouvent dans le voisinage, dans le milieu professionnel et au sein même des familles. L'impunité quasi-totale face à ces crimes a déstructuré la société à tel point qu'elle a fait sauter un à un tous les verrous protecteurs, dans les villes comme dans les villages, si bien qu'aujourd'hui, aucune femme ne peut plus se déclarer à l'abri.
L'association d'aide aux victimes Fepsi, installée à Butembo dans le Nord-Kivu, confirme un triplement du nombre des victimes enregistrées entre janvier et juin 2009 par rapport à la même période en 2008.
Selon Elise Mbusa, infirmière et conseillère psycho-sociale, « les actes de violence ont augmenté mais ce qui nous inquiète beaucoup, c'est qu'ils ne sont plus seulement commis par des hommes armés mais par des civils, le plus souvent de jeunes adultes». L'association EVA de Butembo estime que les civils sont à l'origine d'au moins 40% des cas de violences sexuelles. « Le viol n'est plus seulement une arme de guerre. Il est également dû à la pauvreté des parents qui oblige des jeunes filles à aller vivre ailleurs et à l'abus de pouvoir des adultes, et notamment des professeurs, des patrons et même des maris ».
Certaines conseillères ont également noté que de jeunes hommes avaient violé des femmes sur le conseil de leur féticheur « pour guérir du sida » ou « pour obtenir une prospérité éternelle ».