En Haïti, plus d'un tiers des enfants en âge d'aller à l'école ne sont guère présents dans les institutions scolaires. Au nombre des facteurs qui expliquent cette situation figure l'insécurité alimentaire. Une tendance que le Programme Alimentaire Mondiale (PAM) entend rectifier en mettant sur pied un programme de cantine scolaire. L'initiative cible près de 500.000 élèves de l'école fondamentale dans 1.400 écoles dans des milieux défavorisés à travers les pays.
L'école Soisson de la Mission Baptiste située à Fermathe (quartier de Pétion-Ville) est une des institutions qui bénéficient de ce programme. L'action vise à favoriser l'accès à l'éducation, stimuler le taux de scolarisation et de fréquentation des écoles et améliorer la concentration des enfants et leur capacité d'apprentissage.
En effet, les frais scolaires constituent un véritable «fardeau économique » pour nombre de familles. Entre autres dépenses auxquelles elles font face figurent les frais d'écolage, la confection uniformes, l'achat des fournitures scolaires, les frais de transport. Aussi, souvent, celles-ci n'ont pas les moyens de pourvoir au repas des enfants. Une situation qui n'est pas sans incidence sur le bon déroulement du cursus scolaire des enfants.
En effet, selon un constat fait par le directeur de l'Ecole Soisson, Arnold St Juste, « vers 9 heures du matin, des enfants se plaignent souvent de mal de ventre ou de migraine». Cependant, «une petite investigation de notre part a suffi pour nous rendre compte qu'un peu de nourriture venait mieux à bout de leur affection qu'un comprimé ».
Dans le but d'apporter une solution efficace à ce problème, le dirigeant de l'école a sollicité la création d'une cantine scolaire au sein de son institution. Celle-ci accueille des élèves de la préscolaire à la 6e année du cycle primaire. Un premier programme avait été financé par l'ONG Catholic Relief Service (CRS). Depuis une quinzaine d'année, le PAM a pris la relève et permet aux élèves de bénéficier quotidiennement d'un repas chaud.
M. St Juste, qui dirige l'école Soisson depuis 1977, dit noter une grande différence dans la performance des élèves depuis que la cantine a été instituée. De l'avis de Marie Yolène Métellus, enseignante en 2e année fondamentale, «la cantine joue un rôle important dans l'éducation des enfants ». Mme Métellus souligne également que « cela les encourage et ils sont plus réceptifs ».
Pour le fonctionnement de la cantine, le PAM fournit les aliments de base. Pour un mois, l'école Soisson reçoit une trentaine de sac de riz, 6 sacs de pois, 4 caisses d'huile et du sel iodé.
Chacun des 225 élèves de l'établissement reçoivent chaque jour une ration de « 150 grammes de céréales, 50 grammes de pois, 10 grammes d'huile végétale enrichie en vitamine A et 5 grammes de sel iodé ». Le repas ainsi constitué représente près de la moitié des besoins quotidiens en calories des enfants et les deux tiers de leurs besoins en protéines. Il fournit également environ un quart des besoins en vitamine A et 60% de fer nécessaire.
La communauté se charge du combustible et des condiments, notamment. « Dans le cadre du programme, il est important que la communauté apporte sa contribution », affirme Mme Nancy Exilas, responsable du programme dans le département de l'Ouest. « Les parents contribuent financièrement. Les enfants apportent ce qu'ils trouvent dans le jardin de leurs parents », renchéri M. St Juste. Pour sa part, l'école se charge d'embaucher le personnel de cuisine.
Cette activité de partage a été instituée dans des écoles défavorisées de cinq autres départements du pays. Il s'agit des départements du Nord-Est, du Nord-Ouest, du Nord, du Sud-Est et de l'Artibonite.
Le PAM participe, par ailleurs, à une initiative nationale de déparasitage destiné aux enfants d'âge scolaire (6-12 ans). Les enfants de moins de 15 ans sont en effet sensibles aux parasites intestinaux qui peuvent causer des problèmes de santé comme l'anémie ainsi que de ralentissement de la croissance physique et du développement intellectuel. L'on estime à 1/3 le nombre des enfants d'âge scolaire infestées de parasites intestinaux en Haïti.
Selon le PAM, 93 % des enfants ayant bénéficié d'un programme de cantine de l'organisation à travers le monde ont pu suivre les cours durant toute l'année scolaire. Autre effet positif du programme, l'augmentation de 6% du nombre des inscrits dans les écoles disposant d'une cantine. Malheureusement, ledit programme souffre d'un déficit de financement important en Haïti. L'on estime, en effet, à 13 millions de dollars le montant nécessaire pour maintenir le programme de cantines scolaires jusqu'à la fin de l'année scolaire, en juin 2010. Un défit pour le PAM.